Les chercheures queers et féministes ont depuis longtemps montré que l’État présidait de multiples manières à la définition des identités de genre. La plus efficace consiste à encadrer l’accès à une palette importante de droits comme celui au mariage, à l’héritage, à la parentalité, à changer de sexe ou à prendre des décisions en cas d’incapacité d’un·e conjoint·e. En mobilisant ces contextes, Marion Tillous souligne combien l’État a une responsabilité importante dans la persistance d’un régime patriarcal qui ancre les relations dans des situations d’inégalités genrées aux multiples facettes.
Ainsi, qui décide qui est homme et qui est une femme ? Pourquoi est-ce important d’enregistrer cette information à l’état civil ? D’avoir un état civil ? Qui va l’utiliser ? À quelles fins ?
Qui a le droit de se marier et avec qui ? Qui a le droit d’avorter ? À quelles conditions ? Les droits des parents sur les enfants dépendent-ils de leur genre ? Qui a le droit d’adopter ? À quelles conditions conjugales ? Pourquoi le droit régule-t-il encore les relations sexuelles dans le cadre du mariage ? Qu’est-ce qui a changé dans la criminalisation du viol conjugal ? Qui décide de ce qu’est un viol ?
Sous la pression des militant·es féministes, l’État pénalise certaines violences patriarcales comme les violences conjugales, homophobes ou transphobes, tout en défendant la nécessité d’en établir des délais de prescription.
Ce podcast examine plus particulièrement la période de la crise sanitaire de la Covid‑19, qui a été un moment de recrudescence des violences sexistes et sexuelles subies par les femmes au sein du couple hétérosexuel. Si la crise sanitaire et sa réponse par le confinement ont renforcé, pour les femmes qui étaient encore cohabitantes, le pouvoir des agresseurs, les directives de l’État ont également assuré leur contrôle en cas de séparation.
La prise en charge des violences conjugales a alors montré des inégalités territoriales importantes entre les villes et les milieux plus ruraux, ces derniers étant moins dotés en ressources permettant de signaler les violences. La crise sanitaire a, quoi qu’il en soit et quel que soit le lieu, révélé la robustesse de l’ordre patriarcal en rendant encore plus flagrante la division sexuelle du travail domestique au sein des couples contraints de se confiner.
Émission proposée et animée par
Stéphanie Dadour et Nadine Roudil
Montage audio
Anna López Luna
Morceau musical inclus dans l’émission :
« Keep on livin’ », par Le Tigre, tiré de l’album Feminist Sweepstakes, 2001 (Le Tigre Records).
Remerciements
La rédaction remercie Barbara Carlotti pour l’utilisation, à titre gracieux, du morceau « Voir les étoiles tomber », extrait de l’album Magnétique, comme générique de l’émission.
Bibliographie
- Debauche, A., Lebugle, A., Brown, E., Lejbowicz, T., Mazuy, M., Charruault, A., Dupuis, J., Cromer, S. et Hamel, C. 2017. « Présentation de l’enquête Virage et premiers résultats sur les violences sexuelles », Documents de travail, n° 229, janvier, Paris : Institut national d’études démographiques (Ined).
- Lambert, A. et Cayouette-Remblière, J. (dir.). 2021. L’Explosion des inégalités. Classes, genre et générations face à la crise sanitaire, La Tour‑d’Aigues : Éditions de l’Aube.
- San Martin, E. 2019. La Dimension spatiale de la violence conjugale, thèse de troisième cycle, université de Bordeaux, soutenue le 16 octobre.
- Stark, E. 2007. Coercitive Control : How Men Entrap Women in Personal Life, Oxford : Oxford University Press.
- Tillous, M. (dir.). 2022. Espace, genre et violence conjugales. Ce que révèle la crise de la Covid‑19, Paris : Presses universitaires de Vincennes, coll. « GéoTraverses ».






















